L’art Québécois sous influence

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Ça peut se dire de façon bien plus élégante et nuancée et c’est pour ça qu’il y a les livres, comme celui qui vient de paraître aux éditions du Septentrion, sous la plume de l’historienne de l’art, critique et auteure rosemèroise Monique Brunet-Weinmann, laquelle lève un bout de voile sur une période cruciale, celle qui aura précédé la publication, en 1948, du manifeste Refus global et du rôle exercé dans ce contexte par un père dominicain en exil du nom de Marie-Alain Couturier. Intitulé Le souffle et la flamme, le bouquin fait plus de 330 pages et propose un récit chronologique du séjour du père Couturier au Québec, entre 1940 et 1948, un passage notamment documenté par l’abondance des lettres adressées à l’artiste peintre Louise Gadbois (et du journal de celle-ci), avec qui il s’était lié d’amitié.

DE PAROLE ET DE PASSION
Lui-même artiste et théoricien de l’art reconnu, son influence aura été capitale, estime Monique Brunet-Weinmann, dans le cours des événements que l’on sait. «Il connaissait déjà Borduas, parce qu’il avait étudié avec lui à Paris, dans les années 1920», raconte-t-elle. Coincé en Amérique à cause de la guerre, il avait alors été invité à prononcer une conférence à Montréal et s’y était installé, avait trouvé une charge de cours à l’École des beaux-arts, un passage qui fut plutôt bref, l’enseignant jugeant ostentatoirement qu’on y «déformait» les jeunes artistes. Il aura été à l’origine, soutient l’historienne, d’événements importants telle l’affaire Maillard, du nom du directeur de cette école qui s’était mis à mal d’anciens étudiants, les Indépendants (parmi lesquels se trouvaient notamment Louise Gadbois, Borduas, Pellan et John Lyman), en s’octroyant le mérite de leur succès, dans le cadre d’une exposition remarquée que le père Couturier avait lui-même organisée. Le tout avait donné lieu à une polémique reprise par les journaux de l’époque, dans laquelle Charles Maillard accusait le père Couturier, en quelque sorte, d’être l’étranger venu bouleverser l’ordre établi en exerçant une mauvaise influence sur les jeunes. «Il arrivait, il disait les choses comme il les voyait, il était extrêmement direct dans ses jugements», exprime l’auteure, qui tient du caractère particulier de son sujet le titre de son bouquin: «Le souffle, pour la parole, parce que c’était un conférencier extraordinaire qui ne mâchait pas ses mots. La flamme, parce que c’était un passionné comme on en fait peu. Les deux termes évoquent aussi la Pentecôte, un sujet capital dans son oeuvre.»

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UN MAÎTRE À VIVRE
Après cette mésaventure à l’École des beaux-arts, le père Couturier se retrouve donc à l’École du meuble, que d’aucuns reconnaissent comme le berceau de l’art moderne au Québec. «Son rôle a été quelque peu occulté par les historiens, mais j’estime qu’il fut à l’origine de l’élan vers l’abstraction qui a été à la source de l’automatisme », soutient Mme Brunet-Weinmann. «Ses conférences ont allumé la flamme, dit-elle, tout en précisant que certains journaux les reproduisaient intégralement. Il s’en est pris d’abord au mauvais goût généralisé dans les églises, alors qu’il existait déjà un art sacré moderne. Ensuite, dès 1941, il a fait des conférences sur l’art moderne en Europe, sur Kandinsky, Ernst, Picasso, Matisse, Léger. Les étudiants d’ici, naturellement, étaient surchauffés. Il aura été un éveilleur, un allumeur de passions et d’idées.» Bien sûr, dans un aussi court article, il est impossible de condenser efficacement le propos de ce livre qui se veut l’aboutissement de dix années de recherche et de réflexion. Retenez l’importance du personnage qui, quoiqu’il pensait de son coup de pinceau, était un artiste de grand talent, auteur de tableaux résolument modernes qui résistent admirablement au temps. C’était aussi un esprit libre qu’on retrouvait souvent dans les coulisses d’événements importants de la grande Histoire (la Résistance, par exemple), qui s’accommodait autant de la vie en haute société que de la solitude d’une cellule monastique. «C’était un maître à vivre», résume l’auteure. Vous y ferez aussi la découverte de Louise Gadbois, une artiste qui a vécu dans l’ombre de ses pairs masculins et que Monique Brunet-Weinmann prend plaisir à nous présenter. Un talent que le père Couturier n’avait pas manqué de remarquer et de promouvoir.

LANCEMENT
Notez que Le souffle et la flamme fut l’objet d’un lancement, en présence de l’auteure, le jeudi 23 février à 17 h, à la bibliothèque municipale de Rosemère, sise au 339, chemin de la Grande-Côte.

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